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dimanche 9 août 2020





   
Un pays sans justice est un pays qui appelle à la révolte1
Par Khadija Ryadi
samedi 11 juillet 2020
Khadija Ryadi, militante des droits de l’Homme lance un cri d’alarme sur l’instauration du mode de gouvernement par la violence au Maroc et particulièrement depuis le confinement dû à la pandémie. Une crainte qui et partagée ailleurs comme à Madagascar où la Plateforme de la société civile signale des chars dans les rues pour faire appliquer les mesures de prévention à l’égard du Covid19.

Kamal Ammari, Rachid Chyne, Karim Chaib, Nabil Zouhri, Abdellah Hajili, et bien d’autres, pour ne citer que quelques victimes de la période d’après l’Instance Equité et Réconciliation(IER), car la liste est longue.

Ce sont des personnes victimes de la violence policière suite à laquelle leur droit à la vie a été violé en toute impunité. Pour la plupart,lors de manifestations pacifiques dispersées par les forces de l’ordre sans respect des principes de la nécessité et de la proportionnalité.

La période du confinement instauré depuis le 20 mars 2020, comme mesure préventive contre la pandémie du covid19, et le contrôle par les forces de l’ordre de son application a été une nouvelle occasion de voir à quel point la violence est le mode de gouvernance de l’État, et qu’il ne compte pas l’abandonner quelque-­soit les conditions et les circonstances.

Par ailleurs, en juillet 2019,un commissaire de police a même utilisé son arme à feu et a tiré avec sang-­froid sur deux personnes qui ne constituaient aucun danger public.

Bien au contraire, la seconde protestait contre l’acte criminel du commissaire qui a mis fin à la vie de la première victime. Le commissaire était en fait le vrai danger contre l’ordre public puisque, grâce à une vidéo filmée par un témoin, les autorités ont dû revenir sur leurs déclarations mensongères et complices, pour reconnaître que le commissaire n’était pas en service au moment du crime.

Les USA depuis quelques jours, sont enflammées par l’indignation du peuple américain choqué par le crime raciste et abject d’un policier qui a mis fin à la vie de Georges Floyd, un citoyen appartenant à la communauté noire. C’était la goutte qui a fait déborder le vase.Les sentiments d’injustice et de colère au milieu de cette communauté,générés par le comportement violent, raciste et impuni des forces de l’ordre envers ses membres ont déclenché une insurrection inédite dans le pays.

En France le mouvement « justice pour Adama », est un symbole de la lutte contre l’impunité des crimes policiers et des comportements racistes de la police. Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et sociologue français, coauteur avec Assa Traoré sœur d’Adama, du livre « le combat d’Adama »déclare que « la police est un corps qui est capable d’inventer sa propre législation et d’utiliser les règlements sensés encadrer l’activité de ses agents pour interpréter les situations et pouvoir produire les actions qu’ils veulent,et être couverts par le gouvernement, le procureur et les juges.la police crée ses propres lois :rébellion, outrage ..., la police n’est pas contrôlée par le droit. »

Si telle est la situation en France, et aux USA, elle n’est pas meilleure ailleurs. Bien au contraire. au Maroc la situation est dramatique. Non seulement parce que le nombre de victimes des aberrations policières est important et que les institutions de l’État sont complices, mais aussi parce que les médias contrôlés n’en parlent jamais, l’impunité est la règle,et la résistance est bien moins forte.

Malgré les recommandations de l’IER -­en particulier celle parlant de l’engagement de l’État à mettre en place une bonne gouvernance sécuritaire, et celle évoquant l’élaboration d’une stratégie mettant fin à l’impunité -­le comportement violent des forces de l’ordre envers les manifestants pacifiques et l’utilisation illégale de l’arme de fonction, génèrent plusieurs victimes. L’impunité des responsables est systématique. La précipitation des gouvernants et des institutions étatiques à justifier ces comportements illégaux est une des raisons primordiales de l’aggravation de cette situation. Ceci est un déni des Principes de base de l’ONU sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois qui stipulent que Les responsables de l’application des lois, dans l’accomplissement de leurs fonctions, doivent avoir recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d’armes à feu. Et qu’ils ne peuvent faire usage de la force ou d’armes à feu que si les autres moyens restent sans effet ou ne permettent pas d’escompter le résultat désiré.Et lorsque l’usage légitime de la force ou des armes à feu est inévitable, les responsables de l’application des lois :

a) En useront avec modération et leur action sera proportionnelle à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre ;

b) S’efforceront de ne causer que le minimum de dommages et d’atteintes à l’intégrité physique et de respecter et de préserver la vie humaine ;

c) Veilleront à ce qu’une assistance et des secours médicaux soient fournis aussi rapidement que possible à toute personne blessée ou autrement affectée ;

d) Veilleront à ce que la famille ou des proches de la personne blessée ou autrement affectée soient avertis le plus rapidement possible.

Lorsque l’usage de la force ou des armes à feu par les responsables de l’application des lois entraîne une blessure ou un décès, ces responsables présenteront sans délai à leurs supérieurs un rapport sur l’incident, conformément aux règles dictées par ces mêmes principes de base.

Les gouvernements feront en sorte que l’usage arbitraire ou abusif de la force ou des armes à feu par les responsables de l’application des lois soit puni comme une infraction pénale, en application de la législation nationale.

Aucune circonstance exceptionnelle, comme l’instabilité de la situation politique intérieure ou un état d’urgence, ne peut être invoquée pour justifier une dérogation à ces Principes de base.

On est évidemment bien loin du respect de ces principes par les institutions sécuritaires du Maroc. Une des situations les plus flagrantes à cet égard est vraisemblablement le comportement de la Direction Générale de la Sureté Nationale(DGSN), qui, immédiatement après avoir pris connaissance du double crime de Casablanca du 9 juillet 2019, a publié un communiqué innocentant l’auteur du crime en qualifiant son acte de légitime défense. La DGSN se substitue ainsi à la justice et se prononce avant de faire même une enquête administrative. Ce genre de communiqué est publié quasi-­systématiquement après chaque incident similaire.

Les violences policières prennent une dimension de plus en plus grande au Maroc. L’État invente des mensonges pour cacher la vérité des crimes commis par ses représentants. Pire encore, il innocente les criminels et criminalise les victimes. Des accusations de rébellion, d’atteinte à une instance organisée, d’outrage à un fonctionnaire public, ...etc, sont souvent évoquées pour faire taire les victimes et les témoins en les jetant en prison par la complicité d’une justice aux ordres.

Une action organisée des défenseur-­e-­s des droits humains contre cette situation s’impose. Une action responsable et basée sur l’approche universelle est d’une grande urgence. Il est temps que le mouvement des droits humains et toutes les forces éprises de justice et luttant pour la dignité humaine, en fassent une priorité dans leur action pour un État de droit.

Un pays sans justice est un pays qui appelle à la révolte !

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